Le complexe de la sorcière d’Isabelle Sorente

Bonjour à tous !

Place à mon premier coup de cœur de l’année 2020 ! Un grand merci aux éditions JC Lattès pour l’envoi de cette non-fiction fabuleuse, qui a su me parler comme peu l’ont fait jusqu’à présent. Une perle à découvrir absolument !

« Les histoires que je lis sont celles de femmes accusées d’avoir passé un pacte avec le diable parce qu’un veau est tombé malade. Les histoires que je lis sont celles de femmes qui soignent alors qu’elles n’ont pas le droit d’exercer la médecine, celles de femmes soupçonnées de faire tomber la grêle ou de recracher une hostie à la sortie de la messe. Et moi, je revois le cartable que m’a acheté ma mère pour la rentrée de sixième, un beau cartable en cuir, alors que j’aurais voulu l’un de ces sacs en toile que les autres gosses portent sur une seule épaule, avec une désinvolture dont il me semble déjà que je ne serai jamais capable. Je revois mon père tenant ma mère par la taille un soir d’été, je le revois nous dire, à mon frère et à moi, ce soir, c’est le quatorze juillet, ça vous dirait d’aller voir le feu d’artifice ? Cette contraction du temps qui se met à résonner, cet afflux de souvenirs que j’avais d’abord pris pour un phénomène passager, non seulement ne s’arrête pas, mais est en train de s’amplifier. » En trois siècles, en Europe, plusieurs dizaines de milliers de femmes ont été accusées, emprisonnées ou exécutées. C’est l’empreinte psychique des chasses aux sorcières, et avec elle, celle des secrets de famille, que l’auteure explore dans ce roman envoûtant sur la transmission et nos souvenirs impensables, magiques, enfouis.

Parfois, quand on aime trop un roman, il est très difficile de trouver les mots. Cela fait déjà 2 semaines que j’ai envie de vous en parler, mais rien de ce que je dirais ne lui ferai vraiment honneur ! Je pensais en fait me trouver face à un essai assez universitaire, dans lequel l’autrice nous livrerai une composition de ses recherches, assez classique, en fait. Or, à ma grande surprise, ce n’est pas du tout ça. Isabelle Sorente mélange ici le documentaire, l’essai et une autobiographie de recherche, si on peut l’appeler ainsi. Entre spiritualité et documentation, la ligne est assez flou, mais c’est ce qui m’a tant convaincue, finalement ! Il était hyper intéressant de lire le cheminement intellectuel de l’autrice, ce qui en fait une non-fiction de grande qualité.

Les chasses aux sorcières sont au centre de l’ouvrage, ou plutôt, elles sont le fil conducteur de ce récit. D’abord, nous plongeons un peu dans l’histoire des chasses, et d’une remise en contexte qui, plutôt que de défendre les actes des hommes comme on en a l’habitude, les condamne sévèrement. Puis vient la partie vraiment intéressante de l’ouvrage : Isabelle Sorente pose une question existentielle : Quel est l’impact des chasses aux sorcières sur les femmes d’aujourd’hui ? Elle permet, à travers cette interrogation, d’aborder les thématiques de la place de la femme dans la société, celle des femmes-sorcières, tout comme la psychogénéalogie, la transmission générationnelle du vécu, et, de façon surprenante, le harcèlement scolaire. Elle arrive à faire le parallèle par le biais du rejet de l’autre, de celui qu’on ne comprend pas parce qu’il est différent, ce qui lui impose une réputation… qui termine sur le bûcher.

« L’avantage de raconter une histoire vraie, c’est de pouvoir dire des choses qu’on n’oserait jamais inventer. Parce que l’histoire de la gosse qui court se cacher sous une voiture parce qu’elle a peur d’être brûler vive, franchement je n’aurais jamais osé. »

En réalité, ce récit aborde tant de problématiques, de thématiques, de questionnements et d’idées assez poussées que mon cerveau étant en ébullition. J’ai eu de grands et longs débats avec mon mari et mes amies à son sujet ! Et quand un livre pousse à en parler à ce point, à le décortiquer en profondeur, à remettre en perspective certains aspects de notre quotidien en fonction des idées abordées, c’est très fort. Et c’est en cela que je le recommande, parce qu’il m’a complètement chamboulé ! Il faut être ouvert à l’idée que le passé de nos ancêtres, aussi lointain soit-il, puisse avoir un impact sur nous, mais si on l’est, il ne peut que nous prendre aux tripes.

L’autrice présente son roman chez La Quille sur YouTube

Un grand récit de non-fiction qui m’a complètement retournée le cerveau ! Isabelle Sorente m’a bouleversé, et c’est sans aucun doute mon premier vrai coup de cœur de l’année 2020. De la grande littérature !

Éditions Jean-Claude Lattès — Wikipédia

Autres romans chez JC Lattès à découvrir : 

6 réflexions sur “Le complexe de la sorcière d’Isabelle Sorente

  1. Pingback: Bilan #67 : Janvier 2020 | Sorbet-Kiwi

Et si vous nous donniez votre avis ?

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.