Est-ce ainsi que les femmes meurent ? de Didier Decoin

Bonjour à tous !

Cela fait des années que ce roman garde chaudement sa place dans ma PAL, alors qu’il n’est vraiment pas épais. Mais je n’ai jamais eu envie de me lancer. Un petit défi lancé par l’amie Noisetierspell de lire un roman poche dans la semaine m’a pourtant poussé à le sortir de là. Et je ne suis pas transcendée.

Catherine Kitty Genovese n’aurait pas dû sortir seule ce soir de mars 1964 du bar où elle travaillait, une nuit de grand froid, dans le Queens, à New York. Sa mort a été signalée par un entrefilet dans le journal du lendemain :  » Une habitante du quartier meurt poignardée devant chez elle.  » On arrête peu de temps après le meurtrier, monstre froid et père de famille. Rien de plus. Une fin anonyme pour cette jeune femme drôle et jolie. Mais sait-on que le martyre de Kitty Genovese a duré plus d’une demi-heure, et surtout que trente-huit témoins, bien au chaud derrière leurs fenêtres, ont vu ou entendu la mise à mort ? Aucun n’est intervenu. Qui est le plus coupable ? Le criminel ou l’indifférent ? Récit saisissant de réalisme et réflexion sur la lâcheté humaine, le roman de Didier Decoin se lit dans un frisson.

Alors déjà, la première phrase du résumé me dérange. Comme si la victime du meurtre étant en fait coupable, parce qu’elle a décidé de se balader seule. Désolée, mais quand je rentre du boulot, je ne demande à personne de me tenir la main, j’espère bien pouvoir rester assez libre pour circuler seule. En tous cas, ça commence mal. L’histoire se déroule dans les années 60, on a donc un point de vue plus vieillot, certainement volontairement. Néanmoins, ça me gêne.

J’ai aussi eu du mal avec l’écriture. Didier Decoin est très plébiscité, mais honnêtement, je trouvais ses phrases trop longues et alambiquées. Cela dit, le contenu est plus que dénonciateur, et à raison. Nous parlons ici de complicité de crime, de meurtre, par des témoins inactifs ! Et cela ne m’étonne pas du tout, connaissant moi-même une jeune femme agressée en pleine rue par 3 voyoux pour lui voler son sac, au mileu d’une rue commerçante, sans que personne n’intervienne. Absolument honteux. Pourquoi personne n’a réagit pour le meurtre de cette jeune femme, dont le calvaire à duré une demi-heure ?

« D’après le rapport des flics, ils étaient trente-huit. Trente-huit témoins, hommes et femmes, à assister pendant plus d’une demi-heure au martyre de Kitty Genovese. Bien au chaud derrière leurs fenêtres. Certains entortillés dans une couverture, d’autres qui avaient pris le temps d’enfiler une robe de chambre. Aucun n’a tenté quoi que ce soit pour porter secours à la pauvre petite. »

On nous parle ici d’homosexualité, de racisme, de communautarisme de deuil… S’y mélangent aussi des moments de culture, avec des personnages élevés aux rangs d’icônes comme Jack Kerouac ou Andy Warhol. Mais évidemment, c’est le meurtre, la thématique centrale. Didier Decoin construit tout son récit autour de la jeune Kitty, mais elle n’a que quelques pages qui lui sont consacrées directement. L’auteur déconstruit plutôt le voisinage de celle-ci, pour l’analyser et se demander : pourquoi ?

Ce court roman a tout pour être percutant, mais j’ai trouvé que l’écriture comportait trop de longueurs pour que cela m’atteigne vraiment de plein fouet. Je reste tout de même en colère, mais pas surprise pour autant, contre ce voisinage trop auto-centré pour intervenir. Une belle dénonciation de notre société et de ses mécanismes.

9 réflexions sur “Est-ce ainsi que les femmes meurent ? de Didier Decoin

  1. En effet la phrase du résumé que tu cibles me dérange également… C’est triste d’écrire sur la mort d’une femme qui passe inaperçue et des gens qui regardent sans rien faire si dès le début elle est ciblée comme victime… Pas sure que j’adhère avec son style aussi, mais je te remercie pour cette chronique !

  2. Le contenu à l’air plutôt intéressant. Il y a cette première phrase du résumé mais le livre est sorti en 2009 et il me semble qu’on a vécu une réelle accélération du combat des femmes pour l’égalité depuis peu de temps. Je trouve que Didier Decoin à écrit beaucoup de beaux portraits de femme notamment La promeneurs d’oiseaux, le bureau des jardins et des étangs ou encore le triste récit de la pendue de Londres. J’aime bien sa façon de raconter tout en digression, un peu comme certains grands conteurs. Je ne connaissais pas ce titre que je découvre avec intérêt 😁

    • Je suis d’accord avec toi, en plus j’ai une vieille édition que je viens de transmettre à une collègue pour qu’elle le découvre 😊 mais je trouvais ça tout de même important de le souligner 😊 je ne connais pas ses autres titres par contre ! Pourquoi pas si je les croise à la bibliothèque 😊

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