Les femmes qui craignaient les hommes de Jessica Moor

Bonjour à tous !

Je viens de terminer ce roman qui m’a mis une claque incroyable, et j’écris cette chronique très émue. Je vais devoir chercher mes mots et j’espère en parler comme il se doit. Un grand merci aux éditions Belfond pour ce coup de cœur.

La banlieue de Manchester abrite une maison pas comme les autres : une résidence sécurisée réservée aux femmes. Ici, elles sont nombreuses à vivre loin de ceux qui ont fait de leur quotidien un cauchemar. Alors, quand le corps de Katie, leur conseillère et amie dévouée, est retrouvé dans la rivière et que l’inspecteur Whitworth entreprend de les interroger, leur réflexe est de se cacher, de se taire. Pourtant, elles vont devoir parler. Si elles ne le font pas, la police classera l’affaire en suicide. Comment ces femmes terrorisées pourront-elles jamais se confier à un homme ? Et comment livrer ce qu’elles savent sans risquer de faire tomber l’une d’entre elles ? Car chacune détient une pièce de ce puzzle macabre, et révéler la clé du secret pourrait mettre à l’épreuve leur solidarité, ce dernier lien qui les protège dans une société qui semble les avoir oubliées…
Que vaut la vie d’une femme ?

J’ai du mal a me remettre de cette lecture percutante, et je ne sais même pas vraiment par où commencer. Tout d’abord, mettons un mot sur ce qu’aborde en profondeur ce roman : les féminicides. Parce qu’il est important de nommer ce dont on parle, et qu’il y a forcément une violence très présente dans ce roman. On y parle de violences conjugales, de féminicide (je me répète volontairement sur ces deux termes), de harcèlement, de non-écoute, de non-prise en charge, de banalisation… Cela faisait longtemps que je n’avais plus lu un roman résolument féministe. Parce que c’est ce qu’il est, et l’autrice Jessica Moor traite le sujet avec un réalisme affligeant mais percutant, notamment grâce aux femmes du foyer à qui elle donne la parole et dont les histoires sont profondément troublantes.

La construction du récit est telle qu’on se prend une vraie claque. Il y a tant à dire. Déjà, le roman alterne entre le passé de Katie et le présent suite à son décès. Meurtre ou suicide, cela reste à élucider et je n’en dirais pas plus afin que le mystère reste entier mais sachez que cette partie du roman m’a surprise et je l’ai trouvé percutante. Quand je parle de féminicide plus haut, je ne parle pas de la jeune femme dont nous suivons l’histoire, je précise. (Qu’on ne me dise pas que je spoile sur le thriller). Katie était une jeune femme que j’ai trouvé très bien construite. J’ai sentie le nœud coulant se refermer sur sa gorge, et c’est incroyable comme j’ai vu en elle des choses que j’observe chez d’autres dans la réalité. C’est inquiétant, et très révélateur. Je me suis attachée à la jeune femme et j’ai vraiment eu envie de l’aider. L’autrice dépeint parfaitement le rabaissement et l’humiliation que subissent les femmes victimes de violences conjugales. C’est lent, presque doux tout d’abord, puis arrive un basculement, on n’y croit pas, mais la peur est bien réelle et la certitude qu’il nous tuera si on le quitte également. « Elle n’a qu’à partir ». Comme si c’était si simple.

« Elle apprend à nommer son démon. A comprendre que, tout comme des villes tombent sans le moindre coup de feu, une femme peut progressivement abdiquer son être. »

Au présent, nous suivons deux policiers, et accompagnons les pensées du plus âgé des deux, Whitworth. Il est tout proche de la soixantaine, et c’est un vrai boomer comme j’en ai en tant que collègues ou dans ma famille. J’avais l’impression d’entrer dans la tête d’un quinquagénaire, et j’avais parfois vraiment envie de le secouer tout en sachant qu’il resterait imperméable à tous mes arguments sous couvert de ma jeunesse par rapport à lui et sa sagesse de la vie. C’est un peu le stéréotype du vieux blanc privilégié auquel nous sommes toutes confrontées, tout le temps. Il dit des choses que beaucoup de gens de sa génération pensent, et c’est justement le fait qu’il l’exprime, et l’écriture de l’autrice, qui en révèle toutes les failles et tout le grotesque. On parle par exemple d’un « vrai viol », ou du fait d’avoir « de temps en temps envie de frapper sa femme sans le faire », ou encore de la « jupe trop courte au travail ». Cela démontre parfaitement que tant que ce genre de personnes s’occuperont des services de police, rien ne changera. Forcément, ce roman m’a révolté. Pourquoi laisse-t-on toujours le doute faire son œuvre et ne croit-on jamais les femmes qui parlent ? Qui expriment leurs angoisses ? Surement pour se déculpabiliser de ne rien faire… J’aurai encore tant à dire sur les femmes qui vivent au foyer, mais je vais m’arrêter là en disant : vraiment, lisez-le.

Cette chanson m’a longuement accompagné dans ma vie, et je l’ai eu en tête pendant toute ma lecture. La réécouter m’a profondément chamboulé.

Ce roman a été une vraie claque. Je l’ai lu en service de presse numérique mais je peux vous garantir que je vais l’acheter en papier, il me le faut dans ma bibliothèque. Résolument féministe, il aborde des problématiques difficiles, certes, mais surtout essentielles afin que notre société change de positionnement sur les féminicides. Il est a lire de toute urgence, en gardant à l’esprit qu’il y a des scènes parfois compliquées à lire, mais qui reflètent bien la réalité, malheureusement.

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