La prison est-elle obsolète ? d’Angela Davis

Bonjour à tous !

J’ai entendu parler d’Angela Davis pour la première fois l’année dernière, et j’ai eu envie de me pencher sur son oeuvre anti-prison, qui est une thématique que je ne connaissais pas du tout. Me voici en pleine remise en question de ce que je pensais savoir sur le sujet !

Comment et pourquoi plus de deux millions d’américains sont aujourd’hui derrière les barreaux ? Comment les entreprises font-elles profit du système carcéral ? Quels sont les mécanismes qui conduisent à criminaliser les communautés de couleur et à désaffilier politiquement de larges franges d’électeurs dans les minorités ? « Dans cet essai brillant et parfaitement documenté, Angela Davis pulvérise les soubassements racistes et sexistes du système carcéral américain. Elle n’appelle pas seulement à réformer la prison, mais, radicalement, à ouvrir de nouveaux terrains pour la justice. » Cynthia McKinney

Je vais commencer par dire que je ne lis pas souvent d’essais, parce que je les trouve trop souvent inaccessibles. Mais ici, la plume d’Angela Davis est très fluide, et en peu de pages, elle fait clairement passer son message. De son livre, j’ai retenu 3 grandes axes. D’abord, on parle d’Histoire, de l’héritage carcéral du 13ème amendement. J’en avais déjà entendu parler dans Le 13ème d’Ava DuVernay, que je vous recommande. Angela Davis replace vraiment la position des personnes noires aux USA dans le contexte de la fin de l’esclavagisme, et d’une parade de la Bible Belt afin de les remettre au travail sans avoir à les payer. Retour à la case départ donc : les chaînes, avec comme cadre la prison.

« Juste après la guerre de Sécession, les Noirs (hommes et femmes) affranchis constituaient un gigantesque vivier de main-d’oeuvre à un moment où les propriétaires de plantation – et les industriels – ne pouvaient plus s’appuyer sur l’esclavage comme ils l’avaient fait par le passé. Cette main d’oeuvre a été rendue progressivement disponible aux acteurs du secteur privé grâce au louage carcéral, que nous avons déjà largement évoqué ici, et à d’autres systèmes comme le péonage. »

Elle nous parle aussi de la place des femmes dans les prisons américaines, notamment des femmes racisées. Les violences sexuelles y sont légions, alors que souvent ce sont des femmes qui viennent de milieux où la violence est déjà présente. Elles en ont déjà été victimes, mais là on parle de violences acceptées par la société, cautionnées par le gouvernement. On leur fait comprendre qu’elles sont des personnes sans droits, parce qu’elles ont fait une erreur, sachant que les statistiques sur les femmes incarcérées pour s’être défendues contre un homme violent ne sont pas claires.

« Pourquoi la prise de conscience de l’omniprésence des abus sexuels dans les prisons pour femmes constitue-t-elle un élément important de la critique radicale du système carcéral, notamment dans le cadre du projet abolitionniste ? Parce que les opposants à la prison en tant que norme punitive ne peuvent ignorer à quel point l’institution carcérale a accumulé des concepts et des pratiques qui, bien qu’heureusement en voie d’extinction dans la société au sens large, jouissent encore d’une vitalité effrayante derrière les murs de la prison. »

Enfin, comment passer d’un système punitif à un système de réhabilitation ? La prison moderne est-elle apte à faire cela ? Clairement, la réponse d’Angela Davis à ces questions est non. Le système carcéral des Etats-Unis (il est important de le préciser puisque je ne sais pas si c’est également le cas en France) fonctionne sur un principe de rendement. Les prisonniers sont une main d’oeuvre quasiment gratuite pour de grandes entreprises états-uniennes, ce qui leur permet de ne pas délocaliser puisque cela revient moins cher que de délocaliser ! Tant que l’on restera dans ce principe d’industrie carcérale, celle-ci n’aura aucun intérêt à diminuer la population en prison. Elle donne également quelques pistes sur comment faire, mais je ne suis pas forcément d’accord avec toutes, notamment la dépénalisation de la marijuana. Mais cela devient ensuite un débat plus précis, dans lequel elle n’entre pas vraiment.

« La transformation des corps incarcérés (et ils sont en majorité des corps de couleur) en sources de profit qui consomment, voire produisent, toutes sortes de marchandises, engloutit des fonds publics qui pourraient être dévolus aux programmes sociaux tels que l’éducation, le logement, les services à la petite enfance, les loisirs et la lutte antidrogue. »

La prison est-elle obsolète est un essai très intéressant qui pousse à la remise en question du système carceral des Etats-Unis en particulier, mais questionne le sytème dans sa globalité. Notamment la place des femmes dans cette institution m’a beaucoup interpellé, mais surtout celles des femmes racisées, ainsi que les millions qu’engrange le système. A lire absolument !

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15 réflexions sur “La prison est-elle obsolète ? d’Angela Davis

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