Le consentement de Vanessa Springora

Bonjour à tous !

Alors que ce roman paraissait l’année dernière, je n’étais pas certaine d’avoir la force de me lancer. Mais après avoir lu La familia Grande, j’ai vraiment ressenti le besoin de soutenir également Vanessa Springora. Encore une claque, un coup de poing dans l’estomac. Décidément, ça ne s’arrête pas, mais c’est en même temps si nécessaire.

Au milieu des années 80, élevée par une mère divorcée, V. comble par la lecture le vide laissé par un père aux abonnés absents. À treize ans, dans un dîner, elle rencontre G., un écrivain dont elle ignore la réputation sulfureuse. Dès le premier regard, elle est happée par le charisme de cet homme de cinquante ans aux faux airs de bonze, par ses œillades énamourées et l’attention qu’il lui porte. Plus tard, elle reçoit une lettre où il lui déclare son besoin « impérieux » de la revoir. Omniprésent, passionné, G. parvient à la rassurer : il l’aime et ne lui fera aucun mal. Alors qu’elle vient d’avoir quatorze ans, V. s’offre à lui corps et âme. Les menaces de la brigade des mineurs renforcent cette idylle dangereusement romanesque. Mais la désillusion est terrible quand V. comprend que G. collectionne depuis toujours les amours avec des adolescentes, et pratique le tourisme sexuel dans des pays où les mineurs sont vulnérables. Derrière les apparences flatteuses de l’homme de lettres, se cache un prédateur, couvert par une partie du milieu littéraire. V. tente de s’arracher à l’emprise qu’il exerce sur elle, tandis qu’il s’apprête à raconter leur histoire dans un roman. Après leur rupture, le calvaire continue, car l’écrivain ne cesse de réactiver la souffrance de V. à coup de publications et de harcèlement.

Encore un roman dont il est difficile de parler tant on souhaite trouver les mots justes. Je suis dans une période où je souhaite lire des romans engagés, des histoires coups de poings importantes à découvrir pour leur côté dénonciateur. Et Le consentement entre totalement dans cette lignée. Je l’ai refermé en colère, tant celle de l’autrice est palpable et se transmet. Son écriture est percutante ! Déjà qu’il se laisse lire très rapidement, puisqu’il ne fait « que » 200 pages, il m’était en plus impossible de détourner le regard de ce serpent qui s’enroulait tout doucement autour de cette jeune fille.

« Je me surprends maintenant à le haïr de m’enfermer dans cette fiction perpétuellement en train de s’écrire, livre après livre, et à travers laquelle il se donnera toujours le beau rôle ; un fantasme entièrement verrouillé par son ego, et qui sera bientôt porté sur la place publique. Je ne supporte plus qu’il ait fait de la dissimulation et du mensonge une religion, de son travail d’écrivain un alibi par lequel justifier son addiction. »

Il n’y a aucun doute sur le fait que G. M. est un prédateur. C’est un monstre que rien n’excuse. Mais ce qui m’a le plus profondément choqué, c’est la complaisance autour de lui. Pour le coup, vraiment, tout le monde savait. Il parlait d’elle dans ses livres, il l’emmenait à des soirées mondaines, il l’a présentait à ses amis… La culpabilisation de la victime est ici à son comble ! « Mais tu en avais envie » qu’ils disent. Pardon, mais stop. Je tremble de colère encore une semaine après, tant je suis incapable de comprendre ces adultes. C’était normal au point que l’Express titre en 1994 « Une fois n’est pas coutume, Gabriel Matzneff délaisse ses Tatiana, Francesca, Vanessa et autres jeunes maîtresses en fleurs. » Pardon, mais pardon ?! C’était donc tout à fait normal, et je crois que c’est ce qui m’empêche de décolérer.

« Pourquoi une adolescente de quatorze ans ne pourrait-elle aimer un monsieur de trente-six ans son aîné ? Cent fois, j’avais retourné cette question dans mon esprit. Sans voir qu’elle était mal posée, dès le départ. Ce n’est pas mon attirance à moi qu’il fallait interroger, mais la sienne. »

Dans le prologue, Vanessa Springora dit que c’est à son tour de l’enfermer dans un livre. On comprend totalement son besoin de tourner la page. Sans tomber dans une illustration graphique de ce qu’il s’est passé (et bien heureusement), elle met vraiment en avant cette emprise dont elle n’arrivait pas à se défaire, et le manque de protection dont elle a été également victime. Elle dépeint avec recul et discernement une situation qui n’a rien de normale. Enfin, la construction du récit m’a interpellé, puisqu’elle permet vraiment de souligner la prédation.

« Très souvent, dans les cas d’abus sexuel ou d’abus de faiblesse, on retrouve un même déni de réalité : le refus de se considérer comme une victime. Et, en effet, comment admettre qu’on a été abusé, quand on ne peut nier avoir été consentant ? »

Si ce roman m’a profondément choqué et laissé dans une colère sourde et justifiée, il pose aussi de nombreuses questions sur notre société si complaisante avec ses artistes. A quel moment la loi ne s’applique-t-elle plus ? A quel moment tout un chacun décide de ce qui est tolérable et normal, ou non ? Un récit coup de poing à découvrir tant il soulève des questions importantes sur la place des jeunes filles dans notre société.

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