Otages de Nina Bouraoui

Bonjour à tous !

La rentrée littéraire arrive, et la première sortie dont j’aimerais vous parler est un roman court mais intense de chez JC Lattès. Un grand merci à l’éditeur pour cet envoi.

« Je m’appelle Sylvie Meyer. J’ai 53 ans. Je suis mère de deux enfants. Je suis séparée de mon mari depuis un an. Je travaille à la Cagex, une entreprise de caoutchouc. Je dirige la section des ajustements. Je n’ai aucun antécédent judiciaire. »
Sylvie est une femme banale, modeste, ponctuelle, solide, bonne camarade, une femme simple, sur qui on peut compter. Lorsque son mari l’a quittée, elle n’a rien dit, elle n’a pas pleuré, elle a essayé de faire comme si tout allait bien, d’élever ses fils, d’occuper sa place dans ce lit devenu trop grand pour elle.
Lorsque son patron lui a demandé de faire des heures supplémentaires, de surveiller les autres salariés, elle n’a pas protesté : elle a agi comme les autres l’espéraient. Jusqu’à ce matin de novembre où cette violence du monde, des autres, sa solitude, l’injustice se sont imposées à elle. En une nuit, elle détruit tout. Ce qu’elle fait est condamnable, passable de poursuite, d’un emprisonnement mais le temps de cette révolte Sylvie se sent vivante. Elle renaît.

Il y a des romans qui sont si complexes que j’en perds les mots. Et c’est ce qui m’arrive là, avec Otages. Incroyablement perturbant, il m’a prise aux tripes et m’a chamboulé. Tout ça grâce à Sylvie. Mon choix de mot est volontaire, c’est grâce à son caractère juste et honnête mêlé à son instant de folie que j’en perds mes mots. La question que je me pose est la suivante : avez-vous déjà ressentie un moment de craquage complet au travail, au point de sentir la rupture physiquement en vous ? La barrière entre le burn-out, la crise de nerfs et un acte violent est probablement très fine. Et tous les événements de notre existence prennent racines en nous, et nous guident dans la vie. Parfois jusqu’à cet instant de trop, celui qu’on pourrait regretter mais qui a, finalement, toujours fait partie de nous. Otages, c’est ça.

« Je ne dis pas que les femmes existent par rapport aux hommes, non, vraiment pas, et pareil pour les hommes, ils n’ont pas besoin des femmes pour être des hommes, mais je crois qu’une femme est vraiment une femme quand elle a du désir. Peu importe l’objet du désir. Le désir c’est se sentir exister. C’est la vie le désir. C’est l’élan, la force. Et moi je l’avais perdu. »

Je ne connaissais pas Nina Bouraoui avant la lecture de ce roman. Et je peux vous assurer que j’ai ajouté ses deux autres récits à ma wish-list. En 2h de lecture, elle m’a retourné le cerveau en me plongeant dans la vie d’un personnage à la psychologie complexe et surtout d’une femme vraiment humaine. Elle permet de ressentir chacun des mots, chacun des moments de la vie de Sylvie avec une intensité incroyable, et beaucoup de tendresse, aussi. Pendant toute ma lecture, j’étais outrée de ce qu’elle faisait et pourtant je comprenais, et au delà de ça, je soutenais chacun de ses actes ! Tout prenait sens, tout semblait logique. Et chaque retour dans le passé était comme un coup de poing dans l’estomac.

Personne n’en parle mieux que l’autrice elle-même

La plupart d’entre nous sommes otages de la société. Tout le monde ne peut pas créer son entreprise, ou n’a pas le courage de le faire. Donc on se retrouve souvent coincés avec tyrannie hiérarchique, ou d’un fonctionnement qui nous empêche de vivre librement. Les émotions, les autres, les désirs et les regrets nous enferment, nous conditionnent, et à défaut de pouvoir le travailler, on craque. Le point de rupture est audible, visible et il fait mal, il engourdie, il rend hagard. Et Nina Bouraoui met les mots sur ces conflits intérieurs, profondément cachés, qui hantent les femmes, et en fait un ouvrage féministe, un récit qui aborde de nombreuses problématiques avec beaucoup de justesse.

« Le langage n’est rien quand on ne veut pas comprendre. Les mots deviennent aussi légers que des bulles de savon qui s’envolent puis éclatent. « 

Otages est une lecture poignante, perturbante, intense sur la condition de femme en tant que petite abeille travailleuse, qui lutte pour sa survie. Il prend aux tripes, choque et explique avec beaucoup de justesse le cheminement de cette ouvrière qui va franchir une ligne rouge. En librairie dés aujourd’hui.

Éditions Jean-Claude Lattès — Wikipédia

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2 réflexions sur “Otages de Nina Bouraoui

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