Les filles du 17 Swann Street de Yara Zgheib

Bonjour à tous !

Lorsqu’avec mon étoile polaire Hélène du blog Ma toute petite culture nous avons vu cette nouveauté dans le catalogue de JC Lattès, nous n’avons pas hésité une seule seconde à faire une lecture commune. Et quelle lecture bouleversante ! Merci à l’éditeur pour cet envoi.

Anna Roux était danseuse au ballet de l’Opéra de Paris quand elle a décidé de suivre l’homme de sa vie aux États-Unis. Seule face à ses angoisses – l’imperfection, l’échec, la solitude –, elle est emportée dans la spirale de l’anorexie mentale, et finit par ne peser que 40 kg. Contrainte de se faire soigner, elle est admise au 17 Swann Street, une maison rose où des femmes aux visages fantomatiques s’efforcent de vaincre leurs troubles alimentaires. Des femmes comme Emm, la cheffe du groupe ; Julia, toujours affamée ; ou la discrète Valérie. Ensemble, elles combattent leurs démons et affrontent six repas quotidiens. Chaque bouchée est une épreuve. Chaque calorie un déferlement de culpabilité. Et chaque pas vers la guérison réclame une force et une bravoure peu communes, qu’Anna va devoir trouver auprès de ses amies du 17 Swann Street.

J’ai pris une éternité pour publier cette chronique, par manque de temps, mais par contre, j’ai lu ce roman à la rapidité d’éclair. Avec Hélène, nous devions nous attendre mutuellement, lecture commune oblige, mais il m’a tellement prise à la gorge que je n’ai pas su m’arrêter. Il est très touchant mais surtout puissant. A travers le personnage d’Anna, que nous rencontrons ici, j’ai pu suivre le parcours d’une jeune femme atteinte d’anorexie mentale. C’est une jeune femme douce, sensible, ce qui va l’embarquer dans la spirale sans fin du mal-être. Elle qui souhaite devenir danseuse professionnelle se blesse et commence alors une vraie descente aux enfers, sans qu’elle s’en rende compte.

« Je m’appelle Anna, j’ai vingt-six ans et je suis anorexique. Je ne l’ai pas toujours été. Autrefois, j’avais des envies. Aujourd’hui, je ne sais plus très bien si cette partie de moi existe encore. »

L’analyse de l’anorexie est très bien amenée. On a le point de vue très subjectif d’Anna, face à des médecins au 17 Swann Street. La jeune femme n’est pas là pour elle, pour se sauver, mais pour rassurer son entourage, notamment son mari qui vit avec elle aux USA, et sa famille restée en France. Nous savons quelles positions prennent ses proches, entre celui qui pleure de choc, celle qui n’arrive pas à gérer la maladie, ou celui qui se met des œillères un certain temps par culpabilité… Mais j’aurai peut-être aimé que ça aille encore plus loin dans ses relations extérieures à la maison médicalisée quand même. On a donc un cadre, qui ne culpabilise pas pour autant les proches de ceux et celles malades. Anna ne se sent pas dans le faux cela dit, elle diabolise énormément le corps médical, là pour l’aider mais qui est très ferme. Et ce point de vue subjectif embarque le lecteur ! J’ai eu du mal avec les soignants, ils me mettaient très en colère ! Mais finalement, ce partie-pris de l’autrice est intéressant et intelligent, il nous met vraiment à sa place. Et ce qui permet de relativiser, c’est son dossier médical, qui démontre d’un point de vue clinique l’évolution d’Anna, ce qui remet le lecteur à sa juste position, pour ne pas oublier qu’elle est malade et que les soignants font leur travail. L’objectif est de rediriger ces jeunes femmes vers les saveurs de la vie, et c’est un travail très difficile.

« On ne peut pas contrôler la vie, l’amour, l’avenir, mais on peut choisir ce qu’on glisse, ou non, dans sa bouche. »

Ce qui s’est passé, grâce à l’écriture de Yara Zgheib, c’est que je me suis énormément attachée à Anna, et j’avais envie qu’elle mange. J’espérais avec elle. Chaque repas était une épreuve et à chaque fois j’y croyais ! Je l’encourageais mentalement, je voulais quelle guérisse ! Je ressentais son mal-être, tout comme j’ai appris à aimer les filles autour d’elle, comme Valérie, comme Julia… Elles m’ont troublés dans leurs combats, et en même temps, on ne tombe jamais dans le pathos, à aucun moment. La construction du roman est juste, dans on ensemble. En remontant par moments dans les souvenirs d’Anna, on découvre une fille qui mange des gaufres, qui est passionnée, qui profite de sa vie parisienne, qui découvre la vie, l’amour, les joies d’un jeune couple… On se rend donc compte qu’elle ne se définit pas par l’anorexie, elle n’est pas juste « une anorexique », non. Elle a une histoire. Et le fait de la partager est un cadeau que nous offre l’autrice.

« Tout le monde pense que j’ai un problème. Mon entourage a peur pour moi. Or je n’ai pas de problème. Je dois juste perdre un petit peu de poids. J’ai peur aussi, mais pas de grossir. Je suis terrifiée par la vie. Par ce monde triste et injuste. Ce n’est pas mon cerveau qui est malade. C’est mon cœur. »

Les filles du 17 Swann Street est un roman touchant, bouleversant, qui nous embarque dans un cheminement de reconstruction de soi, dans une maison où la vie est dure, mais où on apprend à y reprendre goût. J’ai beaucoup aimé, et je remercie Hélène pour la longue discussion qui a suivi ce partage intense.

Éditions Jean-Claude Lattès — Wikipédia

La chronique de Hélène

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