De l’autre côté, la vie volée d’Aroa Moreno Duran

Bonjour à tous !

Aujourd’hui sort aux éditions JC Lattès ce roman qui se passe en Allemagne à l’époque de la RDA. J’étais très intéressée par le fait que ce soit une autrice espagnole qui nous livre ce récit, et en fait son premier roman. Merci à Élise pour cet envoi !

Katia est la fille d’émigrés espagnols ayant fui à Berlin le régime franquiste. Avec sa sœur Martina, elle partage les élans d’une famille aimante, mais où le silence sur le passé est d’or. En grandissant, Katia voit s’ériger le Mur.
Dans une librairie, son regard croise un jour celui de Johannes, jeune homme venu de l’Ouest… Avec sa complicité, à l’insu de tous, munie de faux papiers, Katia passe de l’autre côté.
Avec un exceptionnel souffle romanesque, Aroa Moreno Durán déroule une histoire intime, étroitement liée à l’Histoire européenne. Une fresque magistrale qui rappelle l’atmosphère des films La Vie des autres et Cold War. Le portrait saisissant d’une vie déracinée, d’une vie volée.

Comme je travaille en Allemagne, et que j’ai été à l’école de l’autre côté du Rhin pendant plus de 2 ans, j’aime beaucoup découvrir des romans qui parlent de ce pays. Forcément, je ne pouvais pas m’empêcher de le lire en avant-première, surtout qu’il n’est pas très épais. En tout juste 200 pages, Aroa Moreno Duran nous livre un roman intéressant sur la vie d’immigrés espagnols en Allemagne de l’Est. Honnêtement, j’ai souvent l’impression que l’immigration est une thématique qui ne touche que les pays « riches », et dans mon esprit, la RDA ne l’était pas. C’est pourtant ridicule, surtout au vue de l’histoire compliquée de l’Allemagne, qui s’est retrouvée déchirée en deux en l’espace d’une nuit, environ. Ce roman m’aura donc ouvert les yeux sur cette communauté vivant de l’autre côté du mur.

J’étais à Berlin en juillet et j’ai pu voir le Checkpoint Charlie, point d’entrée célèbre vers la RDA.

Cela dit, je dois admettre avoir été un peu déçue par certains aspects. Dés les premières lignes, j’étais un peu perturbée, parce que j’ai du mal avec les romans qui écrivent des phrases en allemand qui ne sont pas orthographiées correctement. Je n’ai rien contre quelques fautes, ce sont des choses qui arrivent. Mais pour le coup, il y a peut-être 20 phrases en allemand dans tout le roman, donc par respect pour la langue et pour le lecteur, j’aurai aimé que ce soit juste. En tous cas, c’est important pour moi, et ça m’a laissé un goût amer en bouche.

« La rivière Morava a divisé ma vie en deux. Je n’ai même pas eu besoin de toucher le sol de cette Allemagne pour m’en rendre compte. Ses eaux noires où resterait à jamais engloutie la toque de ma mère, couverte de mousse et de boue, ont laissé derrière moi tout ce que je connaissais. Le reste était mouillé. « 

J’ai un autre reproche à faire au roman, très personnel : je n’ai pas réussi à m’attacher à Katia. Je l’ai trouvé complètement passive. En réalité, je pense que le roman était trop court pour la période explorée. Mais d’un autre côté, cela décrit très bien ce qu’à fait le mur : il a volé la possibilité aux gens de réparer des erreurs, de se pardonner mutuellement, et à eux-mêmes. Le mur a divisé des familles entières, un pays entier… et une population entière. Encore aujourd’hui, on parle des « Ossies » (« ceux de l’est ») et des « Wessies » (« ceux de l’ouest »). On dit des uns qu’ils sont différents des autres, on les traite différemment, on les catalogue, comme s’ils étaient « d’autres » allemands. Et en cela, je trouve ce roman nécessaire, parce qu’il souligne que de l’autre côté, derrière ce mur aujourd’hui invisible, la vie n’était pas la même, et les gens n’étaient pas les mêmes. Ma génération ne le vit pas ainsi, mais tous ceux qui ont connus cette période, la génération de mes parents par exemple, applique cette différenciation. Heureusement que le temps efface cette démarcation qui n’est pas plus visible à l’œil nue.

Potzdamer Platz avec une exposition du mur de Berlin.

Bien que quelques éléments du récit m’aient dérangés, j’ai trouvé De l’autre côté, la vie volée intéressant grâce au point de vue adopté par l’autrice. C’était une autre époque, inimaginable pour nous, et en cela, il est nécessaire de nous en souvenir afin que cela n’arrive plus.

Éditions Jean-Claude Lattès — Wikipédia

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22 réflexions sur “De l’autre côté, la vie volée d’Aroa Moreno Duran

  1. C’est effectivement une très bonne thématique!
    Je suis comme toi, si les mots/phrases dans la langue étrangère sont faux/mal écrits, je considère que l’éditeur n’a pas fait son travail correctement! L’auteur est pardonné car ce n’est pas sa langue matenelle, mais l’éditeur pourrait quand même faire relire ces quelques phrases à un natif avant de publier!
    Dommage que tu n’aies pas pu t’attacher au personage principal.

    • Je trouve que c’est d’avantage une erreur du traducteur pour le coup, qui relit encore une fois le manuscrit avant de le donner a l’éditeur français. Franchement, s’il y a une chose en allemand a respecter c’est bien le datif/génitif/accusatif ^^ C’est difficile mais c’est la moindre des choses je trouve. Enfin bon, ça arrive. Si on ne connait pas l’allemand ça ne choque pas, mais moi c’est ma langue maternelle mdr.
      Oui c’est un peu dommage, après j’aurai du m’en douter a 200p. le roman, c’est un peu un mauvais choix de ma part aussi, et une question de goût du coup.

  2. Hmmm, c’est le genre de récit qui pourrait me plaire. Comme tu le dis, ces livres sont nécessaires, témoins pas si silencieux que cela, garants de l’histoire en quelque sorte. C’est une période que l’on ne doit pas oublier, des problématiques fascinantes et savoir que des gens se livrent prouve que cela a été une période difficile. Je ne suis pas sur de le lire un jour mais je te remercie pour la découverte!

    • Avec plaisir ! Et je suis bien d’accord, il faut absolument en parler. Après j’aime les romans de tailles moyennes, ou on peut se prendre le temps de développer les personnages, et la ça m’a manqué. Mais sinon il est bien !

  3. Pingback: Berlin Est en quelques pages (De l’autre côté, la vie volée, Aroa Moreno Durán) – Pamolico : critiques, cinéma et littérature

    • C’est une phrase qui m’a fait tiquer en fait, où le datif est mal utilisé (ou oublié plutôt) et ça ne va pas du tout pour moi ça. Et je suis très pointilleuse sur la psychologie des personnages, si je n’arrive pas à m’y attacher j’ai tendance à ne pas aimer le roman, ce qui n’est bien sûr par le cas pour tout le monde 😊

  4. Pingback: Bilan #62 : Août 2019 | Sorbet-Kiwi

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