Sans oublier d’Ariane Bois

Bonjour à tous,

Les éditions Charleston ont eu la gentillesse de m’envoyer Sans oublier, le roman d’Ariane Bois sélectionné pour les Prix des Lectrices Charleston et j’ai fais une très belle découverte !

Lorsqu’elle apprend l’accident qui a coûté la vie à sa mère, une jeune femme voit sa vie exploser. Tout se délite et s’obscurcit dans le ciel de sa mémoire. L’onde de choc atteint ses enfants et son mari. Pour enrayer cette chute libre, il lui faut partir, tenter de se retrouver pour sauver les siens.
Récit d’un crash intime, d’une fugue maternelle sur les traces d’un silence familial, Sans oublier raconte comment, pour devenir mère, il faut d’abord cesser d’être une fille.
Une écriture intense qui réconcilie de façon saisissante la noirceur du deuil et la rage de vivre.

Je ne connaissais pas la plume d’Ariane Bois, qui a pourtant une belle bibliographie à son actif. Grâce aux éditions Charleston, j’ai pu découvrir ce très beau roman sur le deuil, étant donné qu’il est sélectionné pour le Prix des Lectrices Charleston. C’est un vrai travail de reconstruction de sa narratrice que nous livre ici l’autrice, avec la plongée dans l’enfer de la dépression de celle-ci. J’ai beaucoup aimé comment elle décortique justement cette maladie, qui est bien réelle et qui se vit pour chacun de façon très personnelle, puisqu’elle puise ses ressources dans nos angoisses les plus profondes. Je dois avouer qu’il ma été difficile par moment d’avancer, puisque j’ai moi-même été confronté à cela pendant des années, et le fait de lire cette histoire du point de vue de la jeune femme malade, alors que j’espère être guérie, m’a beaucoup touché.

« J’ai mis longtemps à comprendre que ce que l’on donne aux enfants ne nous revient pas… il faut accepter qu’ils vivent à leur façon, les aimer assez pour leur permettre de faire leur chemin. Etre parent, finalement, c’est mettre au monde un enfant et accepter de l’y laisser, renoncer à ce sentiment de propriété, de droit exclusif. Et y trouver même du plaisir. »

La raison de son mal-être vient du décès très brutal de sa mère. Au début, j’avais l’impression que la mère de la narratrice était une maman parfaite, qui faisait tout comme il faut pour lui permettre d’avoir une enfance parfaite, malgré ses voyages loin de sa famille pour son métier de journaliste. Pourtant, on se rend compte après un certain temps qu’elle avait des défauts. Ce qui rend ce roman beau, c’est de savoir que cela n’empêche pas sa fille de l’aimer inconditionnellement, au point de ne pas savoir comment gérer son deuil pendant un long moment, et de souffrir le martyr d’être orpheline, même adulte. La relation mère-fille de la narratrice avec sa mère, mais aussi avec sa propre enfant, est savamment analysée. Il était très intéressant de voir les ravages que peuvent faire les parents sur leurs enfants, et comment cela va se transmettre de générations en générations. L’héritage des douleurs et des problématiques intimes m’a beaucoup fait réfléchir.

Enfin, il faut absolument parler de la fin et de l’écriture. Ariane Bois a une très jolie plume, intelligente et douce. Alors que nous sommes un peu tenu à distance des personnages, nous sommes pourtant au cœur de leur vie. Il me semble que l’autrice ne révèle jamais les prénoms de ses protagonistes, et si c’est le cas, je ne m’en souviens pas du tout. Ce qui m’étonne, c’est que cela n’empêche absolument pas le lecteur ou la lectrice de vraiment vivre leur vie avec eux. Et puis la fin… il est difficile d’en parler parce que je ne veux rien spoiler, mais je ne voyais pas du tout venir la thématique qui resurgit. Cela m’a vraiment chamboulé, et j’ai aimé la douceur, encore une fois, avec laquelle Ariane Bois l’aborde. Seul bémol, qui est vraiment très très personnel cela dit : je n’aime pas du tout les fins ouvertes, et c’est le cas ici. La dernière phrase pourrait suggérer une suite, ce qui est le cas d’une certaine façon. Sa narratrice va poursuivre sa vie, simplement, nous, spectateurs, ne seront pas là pour l’observer. Mais du coup, j’ai un goût d’inachevé en bouche. Mais je sais que nombreux d’entre vous savez apprécier cela, c’est donc très personnel, comme dit !

« Partir pour ne plus faire de mal, pour les sauver. Se comporter en mère et en femme devenait impossible: j’étais redevenue une enfant apeurée, en quête d’une sécurité disparue. Quelque chose de vital m’avait été arraché, et cette vie qui m’avait été transmise, je n’arrivais plus à la transmettre à mes enfants, à leur donner des raisons de grandir, de rentrer à leur tour dans la ronde. Je ne pouvais plus les bercer de certitudes, leur assurer que je serais toujours là. »

J’ai pu découvrir la plume d’Ariane Bois grâce à ce magnifique roman sur le deuil, les relations mères-enfants et la dépression. Elle a une plume très douce qui nous permet de nous attacher à tous les personnages que nous rencontrons grâce à elle, ce qui ne rend que plus difficile le moment des adieux. Surtout avec une fin ouverte. Une très belle lecture que je recommande !

3 réflexions sur “Sans oublier d’Ariane Bois

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