Paroles d’honneur de Leïla Slimani

Bonjour à tous !

En février, pour le Club de lectures féministes de Carnet Parisien, la lecture commune portait sur Paroles d’honneur. Oui, je sais, nous sommes en juillet. Mais il est lu, et la chronique arrive enfin !

Rabat, été 2015. Suite à la parution de son livre « Dans le jardin de l’ogre », un roman cru et audacieux qui aborde la thématique de l’addiction sexuelle, Leila Slimani part à la rencontre de ses lectrices marocaines. Face à cette écrivaine franco-maghrébine décomplexée qui aborde la sexualité sans tabou, la parole se libère. Au fil des pages, l’auteur recueille des témoignages intimes déchirants qui révèlent le malaise d’une société hypocrite dans laquelle la femme ne peut être que vierge ou épouse, et où tout ce qui est hors mariage est nié : prostitution, concubinage, homosexualité.
Le code pénal punit toute transgression : un mois à un an de prison pour les relations hétérosexuelles hors mariage, six mois à trois ans de prison pour les relations homosexuelles, un à deux ans de prison pour les adultères. Soumises au mensonge institutionnalisé, ces femmes nous racontent les tragédies intimes qui égrènent leurs vies et celles des femmes qui les entourent : IVG clandestines, viols, lynchages, suicides.
Toutes sont tiraillées entre le désir de se libérer de cette tyrannie et la crainte que cette libération n’entraîne l’effondrement des structures traditionnelles. A travers cette BD, il s’agit de faire entendre la réalité complexe d’un pays où l’islam est religion d’Etat. Et où le droit des femmes passera, avant tout, par la défense de leurs droits sexuels.

Je ne connaissais pas du tout cette BD, et Leïla Slimani uniquement de nom. Je n’ai pas lu Chanson douce mais j’en ai très envie à présent ! J’ai beaucoup apprécié cet ouvrage, qui nous propose une sorte d’interview de femmes marocaines, au sujet de la sexualité, du désir, de l’intimité. Ce qui peut sembler vraiment formel est en fait hyper touchant. Il est inimaginable pour moi de ne pouvoir m’habiller comme je le souhaite, de ne pouvoir vivre ma vie intime exactement comme je le souhaite non plus. Evidemment, nous ressentons tous une certaine pudeur, qui est propre à chacune, mais dans Paroles d’honneur, Leïla Slimani met en avant une réelle problématique autour des droits sexuels des femmes au Maroc. C’était une vraie claque, et encore une fois inimaginable. De nombreuses questions sont posées, et des faits dénoncés, qui m’ont complètement retournée.

On pourrait se demander « Mais pourquoi le support de la BD » ? Et je trouve la réponse de mon amie Hélène, du blog Ma toute petite culture, vraiment juste ce qui me pousse à vous la redonner :

« J’ai souvent du mal à comprendre l’intérêt du support de la bande-dessinée, mais ici il est parfaitement justifié, et maîtrisé. On imagine en effet mal ces femmes témoigner face caméra, ou encore lire ceux-ci sous forme d’essai. La bande-dessinée permet non seulement de faire parler directement ces femmes, mais aussi de rendre le propos plus accessible, les témoignages étant rendus encore plus attractifs par le principe de la BD. »

Ainsi, ces femmes sont accessibles, elles ont un visage et la portée de leur parole est directe, et franche. Elle tranche avec un texte sans image. Mais d’un autre côté, elles restent ainsi anonymes également, et peuvent se protéger des malheureusement inévitables répercutions que ces témoignages pourraient avoir sur leur vie quotidienne.

Au niveau du dessin, j’ai aimé le réalisme des images. Ils reflètent bien le côté interview, tout en illustrant les propos des femmes venues s’adresse à l’autrice. Les couleurs sont bien choisis, celles du sud, de la chaleur, de la vivacité aussi. D’une certaine façon, le dessin apporte de la beauté à l’ouvrage. Il met en valeur ces femmes fortes, prêtes à s’ouvrir, à parler de leur situation, de leur révolte intérieure. Le dessin et les couleurs les sublime, simplement.

J’ai été vraiment touchée par ces récits forts, révoltants, qui m’ont mis une vraie claque sur la réalité des femmes au Maroc. Ces interviews sont sublimées par un dessin très beau, qui met en valeur ces femmes courageuses qui osent prendre la parole, dans un pays qui bafoue tous leurs droits essentiels. Une claque !

L’image contient peut-être : lunettes_soleil

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3 réflexions sur “Paroles d’honneur de Leïla Slimani

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