La servante écarlate de Margaret Atwood

Bonjour à tous !

Lorsque Carnet Parisien a proposé La Servante écarlate pour son Club de Lectures Féministes, je me suis immédiatement planifiée ce roman dans ma PAL du mois. Depuis le temps que je souhaite découvrir cette histoire ainsi que la plume de l’auteure, j’ai profité de l’occasion. Et quelle lecture pour le moins perturbante !

Dans un futur peut-être proche, dans des lieux qui semblent familiers, l’Ordre a été restauré. L’Etat, avec le soutien de sa milice d’Anges noirs, applique à la lettre les préceptes d’un Evangile revisité. Dans cette société régie par l’oppression, sous couvert de protéger les femmes, la maternité est réservée à la caste des Servantes, tout de rouge vêtues. L’une d’elle raconte son quotidien de douleur, d’angoisse et de soumission. Son seul refuge, ce sont les souvenirs d’une vie révolue, d’un temps où elle était libre, où elle avait encore un nom. Une œuvre d’une grande force, qui se fait tour à tour pamphlet contre les fanatismes, apologie des droits de la femme et éloge du bonheur présent.

Je dois dire qu’au départ, j’ai eu un peu de mal avec ma lecture. Je trouvais le tout un peu trop décousu. Parfois dans un même paragraphe on passe d’une époque à une autre, ce qui est perturbant. Defred part souvent dans ses souvenirs, mais sans préambule, d’un coup, au milieu d’un salon, d’une cuisine, d’une chambre. Elle repense à sa vie d’avant. Au fil des pages, on s’habitue au style, et je dois dire que j’ai été de plus en plus accro. La première fois que j’ai pris le roman en main, je me suis endormie dessus après 50 pages. La dernière fois, j’ai lu presque la moitié d’une traite. Parce qu’une fois que j’ai compris le fonctionnement de cette société dystopique, j’ai ressenti une espèce de fascination morbide pour ce qui entourait cette femme. Ce récit, c’est à la fois une critique de la société, et une remise en question de ce que nous pourrions perdre, peut-être ?

« Si je pensais que cela n’arriverait plus jamais, je mourrais. Mais j’ai tort, personne ne meurt d’être privé de rapports sexuels. C’est du manque d’amour que nous mourons. »

Ce qui a peut-être rendu la lecture difficile également au départ est le détachement le plus complet de la narratrice dans un premier temps. Elle ne montre que très peu d’émotions, du coup le rythme est lent et tiré en longueur. Elle n’est que peu en colère, pas joyeuse, simplement résignée je dirais. Comme si elle traversait la vie en somnolant, certainement voulu par la société dans laquelle elle vit. Du coup, je somnolais aussi, par procuration. Même quand elle avait des envies criminelles, on aurait dit qu’elle les imaginait sans aucune conviction. Mais l’ensemble change, perceptiblement, au fil des pages. Je ressentais presque physiquement une évolution dans le récit. On passe d’un froid passif, le temps de s’acclimater, à un froid agressif qui fait couler une sueur froide le long de notre échine. L’évolution est là, et la bombe a retardement est enclenchée. On passe notre temps à se demander quand est-ce qu’elle va exploser, tout en laissant à nouveau notre esprit s’embrumer, jusqu’à la prochaine phrase qui va nous réveiller.

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S’il y a bien une chose qui marque, c’est que ce récit remet vraiment en question notre liberté, que nous croyons acquise, et nous démontre que tout peut basculer. Il démontre à quel point les femmes sont capables dese haïr les unes les autres, aussi. Elles sont si formatées qu’elles ne sont plus capables de ressentir de l’empathie. Comme si n’importe laquelle d’entre elle avait le choix. Mais celles mieux loties par la chance que les autres l’oublient. Pour se protéger ? Par peur ? Par mécanisme de défense ? Elles sont devenues l’instrument des hommes,  et cette société dépeinte fait peut-être si froid dans le dos parce qu’elle est relativement réaliste. Au final, notre genre est noté partout. Il peut aussi être effacé ou surligné de la même façon. J’ai d’ailleurs beaucoup apprécié l’épilogue, appelé « Le conte« , quoi qu’il soit frustrant. Mais cette conférence finale, comprendront ceux qui l’ont lu, m’a encore plus intrigué et quelque part aussi satisfaite.

« Mais s’il se trouve que vous êtes un homme, quelque part dans l’avenir, et que vous avez survécu jusque-là, surtout n’oubliez jamais ceci : vous ne serez jamais soumis à la tentation de croire que vous devez pardonner comme une femme se doit de le faire. C’est difficile d’y résister, croyez-moi. Mais souvenez-vous que le pardon est aussi un pouvoir. Le mendier est un pouvoir, le refuser ou l’accorder est aussi un pouvoir, peut-être le plus grand de tous. »

La Servante écarlate est une découverte forte et perturbante, qui fait froid dans le dos. Ce classique de la littérature anglaise est brillant, en réalité, tant la tension et le suspens montent, alors qu’il ne se passe pourtant pas grand chose. Suffisamment peu, pour angoisser toutes les femmes du monde entier ? Je ne peux que conseiller cette lecture, afin de se faire son propre avis, et d’analyser les émotions qu’il fait ressortir auprès de chacun.e. Merci Mélusine pour cette découverte !

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28 réflexions sur “La servante écarlate de Margaret Atwood

  1. J’ai trouvé cette lecture marquante ! La fin m’a un peu déstabilisé au début mais finalement elle est bien dans le sens où c’est à nous de choisir ce qu’il est advenu de l’héroïne … Ce genre de romans fait réfléchir à nos propres vies !

  2. Depuis que l’on a commencé à en re-parler (sortie de la série tv), je suis vraiment tentée de le lire et tu me tente d’autant plus ! Jpense que la prochaine fois que je le croise en librairie, je vais craquer ahah ! Belles lectures 😉

  3. Oh je suis contente de voir que tu as aimé ta lecture ! J’avais adoré ce roman. Je trouve que Margaret Atwood fait passer tellement de choses dans son écriture, ses personnages.. et effectivement, quand on y pense ça fait froid dans le dos de voir que nos libertés pourraient nous être arrachées du jour au lendemain !

      • Oui ! Et c’est fascinant de suivre l’évolution de son état d’esprit ! Si tu as aimé La servante écarlate, tu devrais lire d’autres romans de Margaret Atwood. Elle a vraiment un don pour cerner la psychologie de ses personnages ^^

  4. C’est vrai que c’est un roman détaché et dénué d’émotions, tu décris très bien ce que j’ai pu penser de l’écriture et de l’atmosphère (je ne me suis pas assez penchée dessus dans ma chronique, avec le recul).

    • Je compte la regarder aussi, mais je ne sais pas encore quand. Il faut que je vois parce que je n’ai pas OCS et je ne peux pas trop me l’acheter la. Je vais la demander pour mon anniversaire je pense 😊

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    • Il faudrait que je regarde la série mais ça m’embête de devoir l’acheter ou payer un autre service de VOD que Netflix ou Amazon encore en plus, du coup… elle patiente jusqu’à ce que je me décide ^^ je te conseille le roman en tous cas !

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