Camille, mon envolée de Sophie Daull

Bonjour à tous !

Décidément, en ce moment Carnet Parisien est constamment mentionnée sur le blog. En même temps, elle me fait des cadeaux géniaux, comme ce roman magnifique et émouvant. Un grand merci à toi pour cette découverte incroyable.

Dans les semaines qui ont suivi la mort de sa fille Camille, 16 ans, emportée une veille de Noël après quatre jours d’une fièvre sidérante, Sophie Daull a commencé à écrire.
Écrire pour ne pas oublier Camille, son regard « franc, droit, lumineux », les moments de complicité, les engueulades, les fous rires ; l’après, le vide, l’organisation des adieux, les ados qu’il faut consoler, les autres dont les gestes apaisent… Écrire pour rester debout, pour vivre quelques heures chaque jour en compagnie de l’enfant disparue, pour endiguer le raz de marée des pensées menaçantes.
Loin d’être l’épanchement d’une mère endeuillée ou un mausolée – puisque l’humour n’y perd pas ses droits –, ce texte est le roman d’une résistance à l’insupportable, où l’agencement des mots tient lieu de programme de survie : « la fabrication d’un belvédère d’où Camille et moi pouvons encore,
radieuses, contempler le monde ».

J’ai décidé de lire ce roman lors du week-end à 1000, parce que j’avais peur de rester bloquée ensuite. Je savais qu’il allait résonner d’une façon particulière en moi, à cause d’événements survenus dans ma vie, en janvier. Il se trouve que mon frère à perdu son meilleur ami, 17 ans à peine, lors d’un tragique accident de scooter. Durant toute ma lecture, j’ai eu l’impression de lire ce que la maman de Tristan pourrait ressentir. Et je crois que cela a rendu l’ensemble encore plus réel, l’a transformé de lecture bouleversante en déflagration dans mon cœur. Il est difficile de trouver les mots pour décrire ce que l’on ressent lorsqu’on lit un récit de cette force, et d’une certaine façon, d’une telle brutalité. Brutalité, parce que vif, incisif, sans tomber dans le pathos. C’est une hymne à la vie de Camille que nous livre là Sophie Daull, en même temps qu’un magnifique témoignage d’amour, avec des moments douloureux mais aussi des moments drôles… des moments surtout très vrais.

Perdre son enfant de 16 ans, c’est intolérable parce qu’un parent ne devrait pas survivre à son enfant. La façon dont cette mère en parle, en situant sa propre vie dans l’avant et l’après de la mort de Camille, est déchirant. Ce que je trouvais fou, c’est que l’ensemble est vif mais en même temps très poétique. Ce roman, ce témoignage, est une oeuvre d’art. Il se situe dans les quelques mois autour du décès de sa fille, comme un exutoire, comme une façon de la faire vivre plus longtemps. En publiant l’histoire, elle l’a fait vivre à jamais sur papier, dans le cœur de nombreux lecteurs.

« Camille est morte lundi. Camille est morte lundi. Camille est morte lundi. On est tout au fond d’un puits, mais des visages à la surface se penchent vers notre gouffre, crient, lancent des cordes, des échelles, des lianes de survie.
On les saisit, on se brûle les paumes, on se griffe les ongles à la douleur des autres, on s’emplit les poumons de leur chagrin pour que l’air soit respirable. On roule sans autre paysage que notre cataclysme du dedans… »

En écrivant, Sophie Daull se retrouve à questionner de nombreux aspects de la vie, du quotidien. Par exemple l’usage des mots. Lorsque l’on perd un époux, ou son épouse, on est veuf. Lorsqu’on perd un parent, on est orphelin. Mais il n’existe pas de mot lorsqu’on perd un enfant. Qui est-on alors ? Aux yeux des autres ? Cela se retranscrit aussi au moment de l’organisation des obsèques, qui gardent cette plaie ouverte. Mais finalement, la vie continue. Toujours. Parfois, il faut se prendre des claques pour réussir à avancer. Parfois il faut se donner la main. Parfois il faut aussi rejeter les autres, pour se retrouver. Avant de finalement retomber dans les bras des êtres chers, qui sont, eux, encore physiquement présents. Parce que Camille ne sera jamais une disparue du coeur de sa mère, c’est impossible, mais elle s’est bien envolée.

Je ne crois pas avoir trouvé les mots justes pour parler de ce roman, mais les trouve-t-on jamais lorsqu’il s’agit de deuil ? Oui, Sophie Daull y est parvenue, avec force, vivacité, amour… Je ressors de cette lecture bouleversée, et c’est une de celle que je n’oublierai jamais.

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3 réflexions sur “Camille, mon envolée de Sophie Daull

  1. De rien ma chérie. Ce roman est juste… fou. Je crois que c’est le roman que personne n’aimerait avoir à écrire un jour. Il est tellement juste… un énorme coup de coeur pour moi, j’en ai les larmes aux yeux rien qu’en tapant ce commentaire.

  2. Pingback: Bilan #44 : Février 2018 | Sorbet-Kiwi

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