Je l’aimais d’Anna Gavalda

Bonjour à tous !

Cela fait des années que je n’ai plus lu de roman d’Anna Gavalda, mais je m’en souvenais comme d’une écriture touchante et profonde. Et là, je dois dire que j’ai eu un peu de mal avec cette lecture. Laissez-moi m’expliquer.

On biaise, on s’arrange, on a notre petite lâcheté dans les pattes comme un animal familier. On la caresse, on la dresse, on s’y attache. C’est la vie. II y a les courageux et puis ceux qui s’accommodent. C’est tellement moins fatigant de s’accommoder…  » A-t-on le droit de tout quitter, femme et enfants, simplement parce que l’on se rend compte – un peu tard – que l’on s’est peut-être trompé ? Adrien est parti. Chloé et leurs deux filles sont sous le choc. Le père d’Adrien apporte à la jeune femme son réconfort. À sa manière : plutôt que d’accabler son fils, il semble lui porter une certaine admiration. Son geste est égoïste, certes, mais courageux. Lui n’en a pas été capable. Tout au long d’une émouvante confidence, il raconte à sa belle-fille comment, jadis, en voulant lâchement préserver sa vie, il a tout gâché.

je l'aimais gavalda

J’ai eu envie de commencer ma chronique en disant que ce roman est l’éloge de l’infidélité. Je me ravise, ce n’est pas tout à fait ça. Pourtant, ce roman cherche un peu à nous convaincre qu’on a tous le droit de se tromper, que peut-être, un peu trop jeune, on se trompe de partenaire pour la vie, parce qu’on ne sait pas tout à fait ce qu’est l’amour. Pardonnez-moi, mais je trouve cela pour le moins… pompeux. Je me suis énormément reconnue en Chloé, femme blessée, qui a tout donné à Adrien et se retrouve sur le carreau de façon cruelle. Comment est-elle sensée réagir ? En lui disant « Petit oiseau, vole de tes propres ailes ! » ? Ahem… Elle n’est pas sa mère, mais sa femme. Il est tout à fait compréhensible qu’elle se sente détruite de l’intérieur.

Je crois que ce nœud relationnel est un peu trop mélangé. Je ne dis pas qu’il n’est pas proche de la réalité. Dans de nombreuses familles, les rôles sont redistribués de façon inadéquates, je sais de quoi je parle. Ce n’est pas parce que c’est le cas que je suis compréhensive. Au contraire. Et j’ai vu en Pierre mon propre père. Celui qui se trouve des excuses. Et c’est humain, mais ce n’est pas juste. Ce n’est pas parce qu’une personne souffre, parce qu’elle a fait de mauvais choix, qu’elle a le droit de les imposer aux autres. Cela devient très personnel ce que je raconte là, mais je trouve qu’elle a surtout le droit de demander à l’autre d’accepter son choix. Mais certainement pas de lui imposer. Je ne dis pas qu’Adrien n’a pas le droit de la quitter pour une autre, donc, mais qu’il aurait pu lui demander pardon. Alors que là, il agit de façon égoïste, comme son père finalement.

citation-je-laimais

Comme son père, qui n’a pas quitté sa femme, jamais. Qui a été hypocrite jusqu’au bout. Silencieux. Ce qui n’a pas moins blessé. Finalement, c’est humain de souffrir et de faire souffrir. Mais il y aura toujours une façon de faire qui fera un tout petit moins mal que les autres non ? Bref, je m’égare vous voyez ! C’est que ce roman fait réfléchir, et pas qu’un peu. Réfléchir sur notre façon de voir la famille, de la traiter ou de l’aimer, sur l’impact que nos choix auront sur les autres. C’est aussi un roman qui aura un effet particulier sur chacun, parce qu’il parle d’un sujet si commun et si douloureux.

A cause du thème traité, particulièrement fort et douloureux, qui nous pointe tous un peu du doigt, tout en cherchant à pardonner la souffrance engendrée, ce roman est un peu difficile. J’ai eu du mal à adhérer au discours de Pierre, me réconfortant dans la douleur de Chloé. Mon avis est donc quelque peu mitigé, parce qu’il est difficile pour moi de ne pas juger. A prendre avec des pincettes à mon sens.

Publicités

28 réflexions sur “Je l’aimais d’Anna Gavalda

  1. Je pense que la lecture dépend beaucoup du vécu. Je viens d’une famille sans aucun divorce, et je suis ultra attachée à la notion de fidélité. Et pourtant, j’avais cru comprendre ce que Pierre voulait expliquer à Chloé. En gros, en la quittant, Adrien la fait souffrir « une fois pour toutes », alors que Pierre, lui, a souffert et fait souffrir sa famille et sa femme en particulier toute sa vie, par manque de courage peut-être. Dans l’adaptation, très belle à mes yeux, je n’ai pas du tout adhéré au personnage de Chloé (je ne supporte pas l’actrice, d’ailleurs), mais Mathilde était magnifiquement interprétée par Marie-Josée Croze. Au final c’est un livre réaliste, qui pose plus de questions qu’il ne donne de réponses.

    • Je suis issue d’une famille criblée de divorces, et pourtant je trouve la fidélité très importante. Mais du coup je n’arrive pas à saisir ce que dit Pierre. Bien sûr que chacun à droit au bonheur, et qu’on peut tous faire des erreurs. Sauf que sa façon de faire ne la pas faite souffrir une fois pour toute. On peut toujours utiliser des gants, et ce que je trouvais horrible, c’est qu’il tente de justifier l’acte d’Adrien d’être un pauvre petit qui a le droit d’être en colère et de cracher son venin contre Chloé. Il faudrait que je vois le film 🙂 J’aimais beaucoup Mathilde là aussi, et c’est celle que j’ai trouvé la plus courageuse de tous les personnages de cette histoire.

  2. Je pense que ce roman nous touche en fonction de la manière dont on perçoit l’amour et la relation de couple. Pour ma part il m’a énormément touché et parlé, car il m’a fait me poser de réelles questions sur le sens que je souhaitais donner à mon couple.
    J’avais adoré cette lecture, qui m’avait beaucoup bouleversée à l’époque (j’ai dû le lire il y a 8-10 ans).

    • Je comprends ce que tu veux dire, effectivement il soulève de nombreux questionnements. Je crois que je ne l’ai pas aimé parce que je l’ai trouvé trop crédible, un reflet de ma vie familiale un peu. Quand on considère la lecture comme une évasion à tout ça, c’est pas joyeux ^^

  3. Oh, il a l’air de t’avoir particulièrement touchée ce livre…
    Le thème est compliqué :/ Comment trouver le juste milieu entre rester et faire avec ces erreurs ou partir parce qu’on juge avoir droit à une autre vie… Je n’ai jamais été dans le cas, et ne jamais l’être… J’ai l’impression qu’on ne peut pas en sortir indemne et encore moins sans faire souffrir qui que ce soit.

  4. Je n’ai pas lu le livre, mais de ce que tu en dis, je ne trouve pas ça particulièrement courageux de tout plaquer, pas plus que d’être hypocrite. Les extrêmes sont généralement les solutions de facilité parce qu’on n’a pas envie de se prendre la tête. Et surtout le constat « ma vie est naze » alors qu’a priori il a femme et enfants, et probablement une situation stable. Il y a toujours du positif, et c’est être extrêmement lâche que de refuser de le voir pour se complaire dans son malheur façon Caliméro, pour au final ne rien arranger en foutant tout en l’air. Après ce n’est que mon point de vue.

    • Absolument ! En fait, Chloé se retrouve sur le carreau, elle apprend le jour où il l’a quitte, valises en mains, que ça fait des mois qu’il l’a trompe alors qu’elle ne se rendait compte de rien. Pas de communication, rien du tout. Comme dit, il y a des gens comme ça, mais je n’arrive pas à « accepter » (ce n’est pas le bon mot) qu’on les défendent.

  5. C’est vrai que c’est une lecture et un sujet douloureux et surtout très compliqué à traiter. Cela dépend surtout du lecteur, de son vécu. Avec cette lecture je me suis attachée au deux personnes et j’ai plus ou moins réussi à comprendre les deux points de vues. Mais c’était il y a dix ans, je devrais peut-être le relire maintenant. Nos vies évoluent tellement avec le temps…

  6. Je sais que je l’ai lu mais je suis incapable de m’en souvenir. Je suis comme toi, et tu le sais : l’infidélité, c’est un sujet qui ne me convient pas du tout. Je pense simplement que je vais arrêter de lire des romans qui traitent de cette thématique car ce n’est pas pour moi.

    • Je comprends totalement. Je crois que je vais faire pareil, mais là, pour le coup, je suis en pleine lecture de l’un d’entre eux LOL. En vrai, je ne regarde jamais le résumé avant de commencer un livre, c’est donc mal partie.

      • « Maintenant et pour toujours » de Danielle Steel ^^ Un mec qui trompe sa femme et l’autre nana l’accuse de viol.
        Je les lis quand j’achète le livre en fait. Une fois qu’il est dans ma bibliothèque je pars du principe qu’il est sensé m’intéresser ^^ Donc à la couverture, à la réputation, aux conseils qu’on me donne, en fonction des challenges aussi. Là, c’était pour le nombre de pages, je voulais un tout petit roman à lire en un rien de temps, je ne savais pas du tout de quoi ça parlait ^^

  7. Pingback: Now and Forever (Maintenant et pour toujours) de Danielle Steel | Sorbet-Kiwi

  8. Pingback: In My Mailbox #5 – Août 2014 | Sorbet-Kiwi

  9. Pingback: Bilan #27 : Septembre 2016 | Sorbet-Kiwi

Et si vous nous donniez votre avis ?

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s