Les écrits de septembre : New-York 2001 de Béatrice Fraenkel

Bonjour à tous.

Il y a 13 ans, jour pour jour, près de 3000 personnes ont perdu la vie dans les attentats du 11 septembre. Je ne pouvais pas ne pas chroniquer un documentaire sur le sujet.

Après les attentats du 11 septembre, la ville de New-York a été envahie par les écrits. D’innombrables papiers ont recouvert des murs entiers, des vitrines de magasins, le mobilier urbain. Jour après jour, Béatrice Fraenkel a mené une enquête photographique en visitant les hauts lieux de la catastrophe et en documentant les trajets les plus banals. Elle a tout retranscrit, traduit, afin de démêler l’incroyable imbrication des inscriptions, et livrer ici la passionnante analyse de cet événement d’écriture ». La ville devient un espace public à déchiffrer, et ces écrits exposés font saillir sa dimension politique. La nécessité d’écrire aux yeux de tous, et surtout la pulsion de signature qui s’empare de milliers de passants évoquer irrésistiblement l’idée d’une cérémonie civique. Chacun en lisant fait circuler la force des encres multicolores, la force des messages répétés encore et encore, la force des signatures accumulées. Forces conjuguées du graphique et du lexique, de la main et de l’œil, nous voici, peut-être, au plus profond de la raison d’écrire.

les écrits du 11 septembre fraenkel

Le Seuil nous laisse entrevoir ici les sentiments de milliers de gens, à la recherche de leur proches. L’édition est magnifique, divisée en deux parties. Tout d’abord une partie texte, journalistique. L’auteure nous explique la répartition de son étude dans l’introduction, et je vais tout simplement la recopier, puisque c’est de tel façon que je l’ai ressentie : « Nous proposons tout d’abord de rendre compte du phénomène, de donner à voir ces écrits dans la ville, dans leur diversité et leur répétition. Plusieurs chapitres s’attachent à décrire chacun un aspect marquant du phénomène. Une deuxième partie s’interroge sur la force de cet événement d’écriture. La polyphonie des messages est extrême : tous ont écrit, seuls ou en groupe, résidents ou passants; la polygraphie est elle aussi remarquable : écriture manuscrite, imprimée, enfantine, lettrée ou illettrée. Ces formes d’écritures collectives poussées à un si haut degré produisent un effet rare : il s’en dégage l’impression qu’un sujet unique, monumental s’exprime. La ville, proche alors de l’antique polis, prend conscience au travers de ces manifestations fragiles, désordonnées mais d’une grande portée émotionnelle. Enfin, nous proposons de lier ce phénomène à ce qui en constitue, sans doute, le socle civilisationnel : la relation intime, quasi constitutive de l’écriture et de la mort. »

CitationEstelle

Puis, la partie photographique. Le papier est est lisse et beau, résistant également. C’est une édition de grande qualité. Les photos sont très bien cadrées, et on y sent la sensibilité de l’auteure. Elles ont été prises dans l’immédiateté après les faits, avec un vif intérêt. Nous pouvons voir des écrits français, à l’ambassade américaine à Paris, notamment. Le drapeau américain a envahi les rues. Le New-York de cet automne 2001 n’avait rien à voir avec le New-York d’août. Toute la ville s’était transformée. Le soutien des citoyens se laisse ressentir dans de nombreuses photos. Sur certaines, des murs entiers sont placardés par des « Missing », ces affiches de personnes disparues, et pourtant les passants s’arrêtent pour les lire. Chaque institution place un panneau pour commémorer ce jour avec tout le monde. Sur les murs, des gens ont écrit au feutre, mais toujours dans le respect de ce que son voisin de feutre aurait mis. On se chevauche pas, on ne se piétine pas. Et étonnamment, de nombreux messages de paix sont affichés, allant à l’encontre du discours guerrier de Bush. Enfin, les morts sont honnorés, par des messages, des photos, des autels, des bougies, des fleurs… « In Memory of family and friends. R.I.P. Sept. 11, 2001. »

On se rend vraiment compte que tout un chacun s’est senti concerné, et a voulu témoigner de sa présence, pour ceux qui restaient comme pour ceux qui étaient déjà partis.

Pour terminer sur l’édition, la couverture est sublime a mes yeux. Elle est doublée, et lorsqu’on l’ouvre, c’est comme si un mur se dépliait sous nos yeux, pour nous montrer les secrets cachés qui étaient écrits dessus. En ce jour, j’ai une pensée particulière pour New-York, pour les victimes du WTC, mais également, avec le recul, une pensée pour les victimes du racisme qui s’est installé petit à petit, envers des milliers d’immigrés américain, qui ne demandaient qu’à être intégrés. Les attentats des tours jumelles ont fait de nombreuses victimes, de nombreux horizons, et de toutes les nationalités. « God bless america ».

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